Témoignages de travailleurs
« Voilà maintenant plus d'un an que je travaille au SIT. Si vous saviez tout ce que le SIT m'a apporté depuis et m'apporte encore. Depuis mon arrivée, j'ai repris confiance en moi, j'ai maintenant un mode de vie, je me sens utile, j'apprends à respecter mes coéquipiers de travail. On m'offre des responsabilités qui me conviennent et qui augmentent l'estime de moi-même, on est à mon écoute. En fait, ici on est une équipe, essayez d'imaginer un chaînon, une grande famille et plus encore. Le SIT est un endroit où je me sens utile, où je peux m'épanouir, m'exprimer, confier mes craintes et mes peurs sans jugement. On se préoccupe de moi afin de me donner des tâches à accomplir selon mes talents, mes capacités et mes forces. Mes valeurs sont respectées. C'est beaucoup plus qu’un travail, je me sens bien, heureuse et aimée. On se soucie de moi autant sur le plan biologique que psychologique et social. En conclusion, Le SIT respecte mes limites et j'ai un suivi, ce qui évite la plupart du temps hospitalisation sur hospitalisation. J'y gagne et la société aussi. Tout cela pour dire : LE TRAVAIL C'EST LA SANTÉ. »
Hélène D.
LE SIT : UNE SOLUTION HUMAINE
Bonjour. Mon nom est Guylaine Boilard et je travaille au SIT de Trois-Rivières depuis février 2002. J'y ai fait mes débuts en tant que bénévole. Je répondais alors au téléphone. Au fil du temps, j'ai été initié au merveilleux monde de la comptabilité. J'occupe aujourd'hui un poste à temps plein en tant que commis-comptable.
Native de Drummondville, je suis arrivée à Trois-Rivières en 1987 pour effectuer un retour aux études. Après 3 années au Cégep en techniques de la documentation, je décide de poursuivre mes études à l'U.Q.T.R., en entreprenant un Certificat en Recherche et Rédaction française à temps partiel. J'aspirais alors devenir journaliste, et par le fait même, cultiver ma passion pour la langue française.
En 1995, mon monde s'est soudainement écroulé. Suite à un événement bouleversant, je suis devenue obsessive-compulsive. Je me suis mise à tout nettoyer à l'eau de Javel pure : murs, plafonds, planchers, etc. J'ai peinturé mon loyer de fond en comble au moins à 4 reprises en 3 mois. Je me suis également mise à me laver de façon obsessionnelle. Je ne souhaitais qu'une chose : effacer toutes traces de son passage.
Épuisée physiquement et psychologiquement, mon médecin me réfère à un psychiatre de Trois-Rivières. Commença alors une longue série d'hospitalisations ainsi qu'une panoplie de diagnostics en santé mentale : troubles obsessifs-compulsifs, anorexie, dépression majeure, suivie de plusieurs autres problèmes en découlant.
Avec l'aide de mon psychiatre, d'une ergothérapeute et du personnel infirmier, j'ai alors entrepris une longue thérapie pour me sortir de cet enfer. En fait, mon enfer a duré 5 longues années. Entre 1995 et 2000, j'ai passé davantage de temps en psychiatrie que dans mon propre appartement!
L'univers de la psychiatrie a exercé toute une emprise sur moi. Facilement influençable à l'époque, je m'appropriais les problèmes de tous et chacun. De là ont commencé mes comportements d'automutilations et mes nombreuses tentatives de suicide.
En 2000, sachant pertinemment que j'en avais la volonté et le pouvoir, j'ai décidé de tourner la page sur l'univers de la psychiatrie et d'ainsi cesser de jouer avec la vie et la mort. Je n'y suis jamais retournée depuis.
Cette victoire, je l'ai savourée jusqu'à ce que je réalise que j'étais alcoolique. À plusieurs reprises, je m'étais promis «d'apprendre à boire», mais à tous les jours, ou presque, je buvais jusqu'à en oublier ce que j'avais dit, ce que j'avais fait la veille.
Lorsque j'ai décidé de cesser de consommer de l'alcool, soit le 10 novembre 2004, je me suis donnée une nouvelle chance. Ce fut sans doute la plus grande décision que j'ai eu à prendre de toute ma vie.
Aujourd'hui, après plus de 4 ans d'abstinence, je considère que ma dépendance à l'alcool était une autre façon de m'auto saboter, de mettre ma vie en danger, tout simplement parce que je ne croyais pas mériter de vivre.
Concernant ma lutte contre l'alcool, l'équipe du SIT a toujours assisté aux assemblées dans lesquelles je souligne mes anniversaires d'abstinence avec l'alcool. Comme chaque jour je dois décider de ne pas prendre mon premier verre, le SIT m'aide de façon presque quotidienne à respecter ma décision. Et croyez-moi, cette lutte est sans doute la plus difficile de toutes.
Particulièrement au cours des 3 dernières années, je considère avoir beaucoup progressé. Je me suis inscrite à l'UQTR en psychologie et j'ai réussi mon premier cours ; j'ai été honorée lors de la Soirée des Chamberland à l'automne 2007 en gagnant le prix dans la catégorie «Dépassement de soi», et j'ai entrepris une série de témoignages en entreprise lors de la dernière campagne Centraide-Mauricie. Tous ces progrès et ces honneurs me valorisent énormément et m'aident à me rebâtir davantage de jour en jour.
Je croyais avoir atteint une certaine stabilité, jusqu'à ce que j'hérite d'un diagnostic de TPL (borderline) en mai 2008. Ce diagnostic a tout remis en question : ma vie professionnelle et personnelle. Je ne pouvais croire qu'à 42 ans, j'héritais d'un diagnostic sévère en santé mentale. Pas moi!! Et pourtant, après m'être documentée, je ne conteste pas ce verdict. Au contraire, il explique beaucoup de mes comportements. Je crois même qu'il aurait dû m'être attribué il y a plusieurs années déjà. Mais, bon, ça c'est une autre histoire! N'en reste pas moins que ce diagnostic m'a déstabilisée énormément. J'ai alors recommencé à me servir de moyens malsains pour gérer cette situation : idées suicidaires, auto mutilations. Et j'ai même eu soif. Mais grâce à la solution humaine qu'est le SIT, je chemine, un jour à la fois, vers un processus d'acceptation de ma maladie. Parfois j'avance d'un pas, parfois je recule de 3, mais l'important est que le processus est enclenché. L'encadrement que m'offre le SIT est aujourd'hui essentiel. J'ai cessé de croire qu'un jour je puisse aller travailler dans un milieu de travail dit «régulier». Tout ce que m'offre le SIT fait partie de mon rétablissement. Et je sais pertinemment que je ne retrouverais pas cette chaleur humaine, ce respect dans un milieu de travail régulier.
En terminant, malgré toutes mes erreurs et comportements autodestructeurs, le SIT ne m'a jamais abandonnée, ni même jugée. Au contraire, la direction du SIT et l'équipe d'intervenants sont devenus plus que des collègues de travail. Ils sont ma famille, mes ami(e)s, mes confident(e)s. Sans le SIT et son équipe, je ne serais plus de ce monde aujourd'hui. Je ne pourrais plus témoigner de mon cheminement, de mon relèvement, de mon rétablissement. J'ai besoin du SIT et j'aime croire que le SIT a besoin de moi.
En fait, mon objectif depuis peu est de ne plus seulement être en mode survie, MAIS DE VIVRE, EN TOUTE SIMPLICITÉ ET EN TOUTE SÉRÉNITÉ. Un jour à la fois...















